Expositions humaines au chlordécone

La présence de chlordécone dans l’environnement, et sa persistance malgré son interdiction depuis 1993, posent la question de l’exposition des populations via la consommation de denrées alimentaires et les risques associés.

Depuis leur création, l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) puis l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) depuis 2010, sont engagées dans l'évaluation du risque lié au chlordécone pour la population antillaise. Elles s’intéressent en particulier au risque alimentaire. L’évaluation des expositions alimentaires permet de formuler des recommandations de consommation pour réduire l'exposition des populations les plus exposées. Ces travaux sont basés sur les résultats d'enquêtes et d'études sur les habitudes locales de consommation alimentaire, sur les niveaux de contamination des aliments ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques disponibles.

Aujourd’hui, les actions de l’Anses s’inscrivent dans le cadre des plans d’actions « chlordécone » mis en place en 2008, en 2011 puis en 2014 par le ministère chargé de la Santé ainsi que celui de l’Outre-Mer.

Sur la base de ces études, l’Afssa puis l’Anses ont recommandé en 2005 , 2007  et 2010  de limiter l’autoconsommation de certains légumes racines (igname, patate douce, dachine) produits en zone contaminée à deux fois par semaine ainsi que l’autoconsommation de produits de la pêche à quatre fois par semaine. Dans le cadre de l'étude de cohorte « TIMOUN » pilotée par l'Inserm, l'Afssa a réalisé une enquête de terrain sur la consommation alimentaire des nourrissons et jeunes enfants en Guadeloupe. Les résultats ne révèlent pas de surexposition alimentaire au chlordécone par rapport aux autres classes d'âge . L’ensemble de ces résultats présentent toutefois des incertitudes. Ainsi, les denrées issues de circuits courts, notamment les produits de la pêche, sont très peu renseignées, et sont susceptibles de présenter de forts niveaux de contamination.

Dans ce contexte, le 2ème plan Chlordécone 2011-2013 prévoyait d’améliorer la connaissance des niveaux de contamination des denrées alimentaires et plus particulièrement des produits de la pêche, ainsi que d’actualiser les consommations, suivre l’évolution de l’exposition alimentaire et formuler de nouvelles recommandations de consommation si nécessaire.

L'étude Kannari, mise à jour des recommandations de consommation

L’étude Kannari, mise en œuvre par l’Anses, Santé publique France, les Observatoires régionaux de la santé avec l’appui des Agences Régionales de Santé de Martinique et de Guadeloupe, a été mise en place pour répondre à ce besoin. Cette étude a permis de caractériser l’exposition au chlordécone de la population générale et de différentes sous-populations des Antilles préalablement identifiées comme étant potentiellement surexposées.
Cette étude a permis d’identifier les circuits d’approvisionnement, les zones de production et les populations les plus à risque du point de vue sanitaire.

Une analyse du lien entre le mode d’approvisionnement alimentaire et l’exposition montre que l’approvisionnement par des circuits informels (autoproduction, dons, bords de route) entraîne une exposition supérieure à celle apportée par les modes d’approvisionnement en circuits contrôlés (grandes et moyennes surfaces, marchés, épiceries). Peuvent notamment entraîner une surexposition par rapport au reste de la population :

  • L’autoconsommation (consommation issue d’une production domestique) d’œufs et de volaille produits en zone contaminée, du fait de leurs forts niveaux de contamination,
  • Une consommation supérieure à quatre fois par semaine de produits de la mer pêchés ou collectés par les particuliers ou issus des circuits informels,
  • La consommation de produits d’eau douce pêchés ou collectés par les particuliers ou issus du don,
  • Une consommation supérieure à deux fois par semaine de racines et tubercules produits en zone contaminée, qui s’est avérée être associée à l’autoconsommation d’œufs et de volaille.

Ainsi, il apparaît notamment que la consommation de denrées produites en zone contaminée peut entraîner des surexpositions pour les populations ne respectant pas les recommandations actuelles de consommation, à savoir de ne pas consommer plus de quatre fois par semaine des produits de la pêche et ne pas consommer de produits de pêche en eau douce.
Par ailleurs, l’Agence préconise d’étendre ces recommandations de consommation actuelles à d’autres denrées issues de circuits informels non contrôlés telles que les œufs.